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#189 Suis-je ?

Devenir quelqu’un. Ne plus être transparent aux yeux du monde, exister. Être. Est-ce dont ça le thème principal de notre décennie ?

Les réseaux sociaux explosent, tout le monde a son mot à dire. Se faire une place est devenu un parcours du combattant. Le monde s’est ouvert, vite et grand, et alors qu’avant vos potins se limitaient au voisinage et à Voici,  vous avez accès aujourd’hui à toutes les opinions du monde. Quand on se sentait parfois un peu seul, timide, en retrait, aujourd’hui, le sentiment grandit puissance mille, vous n’êtes plus le timide de votre classe ou de votre entreprise, vous êtes le timide d’un monde qui hurle, commente, critique et juge sans cesse.

Voyez dernièrement les proportions que prennent de pauvres messages sur twitter. Le « bon juif » par exemple. Des gens essayent d’avoir une bonne blague, de choquer, de se faire entendre. Ils se sentent pousser des ailes, se laissent aller à leur véritable nature, laissent exprimer leurs sentiments et leurs pensées. C’est la fête du grand n’importe quoi, il n’y a qu’à voir les « Trending Topic », 90% sont pitoyables. Mais cela permet à vous, à moi, au trou du cul d’en face d’exister 5 minutes. Même ces 30 secondes de prise de position suffiront à illuminer sa journée.

Je suis tombée dans le piège de la toile, tête la première. Interpellant des gens que je ne connaissais pas, critiquant d’autres, complimentant certains. J’ai ouvert un blog, pour exister d’autant plus, me faire lire d’inconnus, partager narcissiquement mes réflexions. Ma vie est tout à fait passionnante comme le disait Pénélope Bagieu , elle en interessera surement me dis-je. Et puis par moment, l’euphorie retombe, on relativise un peu… beaucoup. On prend du recul, et je me dis…

Je suis qui, je suis quoi ? Je suis journaliste, on me rémunère pour informer autrui, promouvoir des marques ? Je suis un modèle à suivre, un prix nobel, un exemple pour la société ?

Non je ne suis qu’une connasse, une de plus. Je ne vaux pas mieux qu’une Valentine ou qu’une autre. Je vous étale via Instagram mes derniers achats, je poste trois fois mon article sur twitter en espérant qu’une bonne âme me lise, j’envoie des ♥  de blogueuse mode à tout va, et je rêve secrètement qu’une marque lambda ma propose d’aller aux Maldives promouvoir leur hôtel où aucun de mes lecteurs n’aura les moyens ou l’envie d’aller.

Ces derniers temps, nombre d’évènements personnels me font relativer le monde virtuel, dans lequel je me suis plongée sans même savoir pourquoi finalement. J’ai un travail, je n’en cherche pas un. J’ai des amis, un copain, une famille, et tout va bien. La quête de notoriété donc ? L’envie d’exister un peu plus, de briller ?

Alors je m’en veux, je me dis à quoi bon. Et puis, je prend encore un peu plus de recul, et je me rappelle de certains commentaires ou échanges. Je vois que quelques uns me visitent régulièrement, ont toujours un mot agréable et motivant. Je partage des mots et des moments sur les réseaux sociaux avec des gens intelligents, drôles et remarquables. Je ne parle que de choses que j’aime ou dont j’ai envie, je ne suis obligée de rien. Et parler, j’aime ça.

Je suis une connasse peut-être, mais une connasse honnête. Je suis de mon époque. Je suis donc.

Victoire.

28 Commentaires

  1. Non, Victoire, tu vas pas nous faire ça ! On a encore envie de te lire. Ton regard est différent de pas mal d’autres. Mais avoir ce recul que tu prends est aussi une très bonne chose.
    Et tiens un coeur de blogueuse ❤

  2. djerem83

    Mon petit doigt sentait venir un article de ce genre là.. Je t’avouerai que les premières lignes m’ont inquiété et je me suis alors demandé où tu allais en venir..
    On pourrait débattre des heures des réseaux sociaux, de qui utilise quoi et comment, de quel rôle joue-t-on, à partir de quel moment sommes-nous en train de jouer ce même rôle.. Le clavier et l’écran donne une force invisible que tout le monde n’utilise pas à bon escient.. Bref, les réseaux sociaux.
    L’enfer c’est les autres disait Sartre alors qu’internet n’était qu’une vague idée ; que dirait-il aujourd’hui?
    Oui tu parles, et tu aimes ça et alors? Si les gens ne veulent pas te lire ils sont libres de ne pas le faire.. Le paradoxe sur un internet qui met en relation tout le monde, c’est qu’il faut savoir parfois avancer avec ses propres envies au détriment de ceux qui ont le pouvoir de donner un avis et qui n’ont pourtant aucune légitimité.
    Alors continues à faire ce que tu aimes, de la manière que tu veux, sois toi, changes rien..

  3. Tu m’as fait peur, j’ai cru que tu allais nous annoncer que tu fermais ton blog o-O Heureusement que non 🙂 On est toutes des bavardes narcissiques, t’inquiètes pas ^^ et comme tu le dis, tu es honnête et c’est ce qui compte 🙂 Tiens un coeur de blogueuse (pas mode, mais ça compte, hein? Non? Si?) ❤ Bisous!

  4. J’ai eu un peu peur suite à cette remise en question. Victoire qui nous quitterait, qui n’écrirait plus ses petits billets d’humeur toujours justes, ses critiques musicales, qui ne m’enverrait plus des petits ♡… Ah non!
    Mais je te comprends aussi. Ça m’arrive aussi de prendre du recul et c’est pas plus mal, ça permet de relativiser et de bien se rendre compte que nous ne sommes personne et que personne ne nous attend vraiment au fond.
    Mais après avoir fait cette remise en question, je reviens et je me dis que tout ça m’avait un peu manqué quand même.
    Bref, je me dis qu’au moins on garde un certain équilibre, les pieds sur terre la plupart du temps mais tout en rêvant d’autre chose.
    Si tu aimes parler, continue. Je serai là pour t’écouter ^^
    Bisous ma Victoire ❤

  5. J’ai découvert ton blog grâce à une « Une » d’Hellocoton il y a quelques temps. Tout dans ton article met noir sur blanc les affres de « la prise de recul par rapport à son moi virtuel » (dans une autre vie, j’étais sociologue, tu ne savais pas ?). Bref. Comme toi je me pose toutes ces questions. Pourtant, de tous ces blogs et ces gens qui hurlent leurs envies, leurs opinions, leurs problèmes, leurs critiques, il y en a certains qui me rappellent à une lecture régulière. C’est le plaisir de découvrir l’article du matin d’une-telle, celui du soir d’un-tel, celui de la semaine d’un autre encore. Et ta plume me plaît bien, tu es en bonne passe de devenir un de ses rendez-vous quotidien alors, continue à nous parler, parce que pour ma part, je trouve que tu le fais très bien.
    Bises.

  6. Perso, j’ai commencé à bloguer pour m’entrainer à écrire. Et c’est vrai qu’on se fait vite haper par tout le grand cirque autour… Mais sin on écrit, c’est pour être lu ! Sinon, on fait un journal intime qu’on planque… Pour moi la dimension sociale est importante, car je vis à la campagne, dans une enclave très défavorisée culturellement (et aussi un peu économiquement) et que rencontrer des gens cultivés, intéressant, et avec qui je m’entends est une gageur au quotidien pour moi (je précise pour moi, hein !) Donc les liens, les discussions sur la toile, même si parfois c’est des cancans, ben ça m’apporte quand même beaucoup ! Et puis rentrer dans la vie d’une parisienne avec de la thune et la vie socioculturelle qui va avec, par exemple, ça m’apporte beaucoup, ça me décentre, je relativise aussi, j’apprends à apprécier la simplicité de ma vie, même si j’ai des envies de consommation que je n’avais pas avant ^^
    En tous cas, je ne t’ai jamais considéré comme une connasse… Biz !

  7. Ce que j’aime dans la vie virtuelle, c’est sa capacité à devenir réelle !
    Sur le fait d’écrire qu’est ce qui te rend moins légitime qu’une autre, qu’une journaliste d’ailleurs? Alors certes on a le sentiment d’un narcissisme croissant avec internet. Mais au final c’est juste l’évolution des 20 mille photos que l’on montrait à ses amis avant à son retour de vacances, après la naissance de son enfant, etc.
    Le tout est de trouver le bon dosage, les grosses têtes (à claques) de l’internet sont les mêmes que dans la vie. 😀
    Paroles de connasse 😀

  8. Sans vouloir jouer la Freudasse de comptoir, je pense que ce besoin d’exister sur la toile est intimement lié au vol de ton Popple. La faute aussi à tes géniteurs : quand on s’appelle Victoire, on DOIT briller.

  9. C’est exactement la réflexion que j’ai mené il y a peu…
    A la différence que tu écris et partage des expériences sur ton blog…
    Ha ce fameux article sur la danse avec la barre…je sais plus comment ça s’appelle!

    Mais oui il faut être vigilant…

    A vouloir trop communiquer, on ne dit plus rien.
    Mais toi tu restes steuplet parce que tu me fais marrer, tes articles sont pas trop longs, ceux que j’ai lu étaient intéressants…
    So…

  10. massmusique

    Je ressens un peu la même chose avec mon blog, le pire, c’est que je suis énervé quand je vois que certains jours, je n’attire pas les foules. Alors je fais du forcing, Twitter, FB… bref, le basique. En fin de compte, je me demande bien pourquoi car je ne compte pas faire fortune, mais ça me permet de m’occuper de quelque chose et de vouloir le faire à fond.

    J’ai eu peur moi aussi de la fermeture de ton blog, heureusement non.

    Si tu es une connasse, je suis donc un connard ! 😉

    • Bienvenue dans le monde des connards 😀 Je crois que c’est ça oui, avoir un projet personnel, s’investir à fond. De temps en temps, on a besoin du retour sur investissement, mais le blog n’est pas un business en soi (enfin pas pour nous)… d’où ces interrogations :/

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